Démarche artistique

Les pièces uniques Toile et Cocon d’Araneidae découlent d’une recherche technique et artistique que j’ai entamée dans le cadre de mon Diplôme de fin d’études à L’AFEDAP.
J’ai tout d’abord découvert une matière : l’ambre et le copal. La résine est constituée d’isoprènes, molécules comprenant cinq atomes de carbone. Après plusieurs millions d’années (M.A) et sous certaines conditions de chaleur et de pression, l’isoprène se polymérise, permettant la solidification sous forme d’ambre ou de copal. L’ambre et le copal sont des résines fossiles ou sub fossiles car à l’état de résines ils peuvent avoir englué des organismes vivants.
En partant de cette matière naturelle, j’ai voulu développer deux notions paradoxales :
Celle de l’enfermement d’une part, car l’ambre comme fossile emprisonne les insectes captifs à travers le temps.
Celle de protection d’autre part, car l’ambre fige l’insecte ou toute autre matière organique. La résine, en coulant, fige et protège des désagréments du temps. On a même retrouvé des ADN antiques grâce à des morceaux d’ambre.
L’idée de travailler sur la toile d’araignée a germé en moi pour plusieurs raisons. Ayant pris pour point de départ les résines fossiles, matières naturelles dérivées de la flore, je cherchais un thème toujours lié à la nature et se rapprochant de la faune. Il m’est alors paru évident que l’araignée, par sa toile, pouvait également symboliser le paradoxe protection / enfermement.
Dans sa toile, l’araignée piège des insectes soit pour les dévorer, soit pour mettre en place des stratagèmes d’accouplement. La toile emprisonne aussi d’autres matières telles que la poussière ou la rosée du matin, qui se retrouve piégée à l’intersection des fils.
Pour en venir à présent à la notion de protection, l’araignée protège ses oeufs par un cocon de soie qu’elle tisse.
Un autre paradoxe, plus personnel, entoure enfin la figure de l’araignée : une amie, apprenant la thématique sur laquelle j’avais choisi de travailler, m’a dit :
“Mais n’as-tu pas peur des araignées ? “
“De moins en moins” lui ai-je répondu, n’arrivant pas à avouer la peur absurde ressentie par une grande bête pour une petite. “Alors pourquoi travailles-tu sur la toile d’araignée ?”
Encore un paradoxe : j’ai peur mais suis inexorablement fascinée par la complexité de l’animal et la beauté de sa toile.
Ces deux notions paradoxales de protection et d’emprisonnement sont par ailleurs complémentaires: L’araignée emprisonne à dessein pour se nourrir. Elle emprisonne également sans le vouloir un peu de magie, par l’intermédiaire de la rosée du matin. Elle protège par ailleurs sa descendance. Ainsi ces deux notions de protection et d’emprisonnement se retrouvent-elles au coeur même de la toile qu’elle tisse, au service des activités les plus fondamentales pour la survie de l’espèce : se nourrir, se reproduire et préserver sa descendance. 
L’être humain quant à lui emprisonne ce qu’il veut protéger, garder pour lui ou ne pas perdre, tantôt inconsciemment, tantôt de façon assumée et égoïste, parfois même avec violence. D’une manière générale, l’être humain me paraît utiliser les paradoxes avant tout en matière de sentiments et d’émotions. Par exemple le fameux monologue d’Hermione dans la tragédie d’Andromaque de Racine commence par :
« Je ne sais pas si j’aime ou si je hais » et déborde jusqu’à la fin de contradictions et de paradoxes pour alimenter le conflit de la tragédie. On aime et on hait. On protège et on emprisonne. On est attiré et on a peur.
Toutes ces incohérences rendent l’être humain, comme la nature, complexes, enrichissants et difficiles à cerner et à saisir.
Ces contradictions m’interpellent et me font réfléchir. Je me retrouve dans les propos du personnage de Marco, dans le roman Saga de Tonino Benacquista :
“pour moi, rien n’est noir ou blanc, ne m’intéressent que les histoires écrues, gris souris et bistre. J’aime les compromis, les ambiguïtés, les êtres complexes, changeants, les héros pleins de lâcheté et les couards chevaleresques. » 

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Mes quatre collections : brut de toile, fil de toile et de terre, fleur de toile, toile d’émail sont la déclinaison, parfois très proche et d’autre fois plus éloignée, de ces pièces uniques. Bien qu’elles soient très différentes du point de vue technique et stylistique, ces quatre collections se rejoignent sur la thématique de la toile d’araignée.

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